Les résumés des interventions

Enregistrements vidéos et autres données empiriques, quels usages dans la co-construction d’un environnement virtuel éducatif pour la formation professionnelle des forestiers ? Une perspective de transposition didactique professionnelle.

Equipe Silva Numerica – UR FoAP – Dijon

Nous menons actuellement une recherche collaborative dans le cadre du projet e-FRAN Silva Numerica. Il s’agit de contribuer aux travaux d’un consortium d’équipes pédagogiques d’établissements de formation professionnelle, d’équipes de développeurs informatiques et d’équipes de recherche dans la conception de scénarios d’apprentissages à implémenter dans un environnement virtuel éducatif simulant un écosystème forestier en cours de développement. Nous nous inscrivons dans le champ de la didactique professionnelle et notre approche « développementale/ constructiviste » de la conception adopte une orientation anthropo-centrée des instruments. Cette conception collaborative oblige à composer avec des “ logiques ” d’activités, des points de vue, des centres d’intérêts de différents niveaux sur l’artefact, produits pour les uns, objets d’étude pour les autres, et instruments potentiels pour les troisièmes… instruments d’enseignement et instruments d’apprentissage.

Nous présenterons tout d’abord le cadre général du projet et la démarche mise en œuvre avec les formateurs professionnels et les développeurs informatiques pour établir les spécifications fonctionnelles d’un premier cas d’usage et des recommandations pour le développement de l’EVE. A la suite, nous discuterons les enjeux, les fonctions, intérêts et embarras de l’usage d’enregistrements vidéos dans la constitution et l’analyse d’un corpus de données empiriques multimodales pour explorer la formation/apprentissage du travail forestier, avec une double visée pragmatique (avancée progressive de la co-conception et ingénierie didactique professionnelle) et scientifique (analyse du travail et des situations de formation).

Sur la notion d’ingénierie coopérative : épistémologie, théorie, et méthode – Études de cas

Collectif Didactique pour Enseigner (CREAD, LISEC, LISE, ELLIADD)

Dans cette intervention, nous présentons des éléments relatifs aux ingénieries coopératives. Après avoir décrit en substance ce qu’est une ingénierie coopérative, un collectif qui réunit des professionnels et des chercheurs dans la production conjointe d’œuvres communes, nous précisons dans quelle épistémologie ces dispositifs s’inscrivent. Puis nous fournissons les principes qu’ils tentent de faire vivre. Après voir explicité quelques notions-modèles qui organisent leur théorie, nous décrivons certaines de leurs méthodes, au sein d’études de cas d’ingénieries coopératives spécifiques, en particulier en montrant comment des systèmes hypermédias, les STHIS (Systèmes Hybrides Texte-Image-Son), permettent de donner à voir et à comprendre, dans l’usage des notions-modèles, à la fois les pratiques professionnelles et le collectif au travail.  Nous concluons sur un courte réflexion éthique et politique quant à la notion de coopération, telle que nous l’apprécions dans cette démarche, et plus généralement.

Examen des conditions de création d’un collectif de professionnels associés à l’intervention-recherche et de conduite d’un comité de pilotage avec ses commanditaires 

Pascal Simonet, Grégory Munoz – CREN

Nous prenons appui sur une « intervention-recherche » en santé au travail dans le métier de fossoyeur réalisée à la demande d’une municipalité dans un cadre méthodologique d’analyse de l’activité pluridisciplinaire (clinique de l’activité, ergonomie et biomécanique). Ce cadre de clinique de l’activité est souvent réduit à la production d’observations filmées suivies d’auto-confrontations simples et croisées. Nous montrons que ces productions sont déjà le résultat d’un long processus de construction du volontariat des professionnels associés à la recherche en insistant sur les étapes préalables d’observations papier crayon ou biomécaniques du geste.  Nous revenons sur les difficultés rencontrées pour que ces outils d’objectivation de l’activité réalisée deviennent des moyens de controverse professionnelle du métier. Plus récemment, le comité de pilotage réunissant des décideurs commanditaires de l’intervention est devenu un instrument visant à faciliter la transformation des situations de travail. Quels processus permettent aux décideurs d’entrevoir d’autres manières d’agir sur la base de discussions alimentées par l’analyse du travail réel ?

Cette présentation à deux voix sera organisée dans un état d’esprit de discussion avec les travaux de la didactique professionnelle.

Intervenir à des fins de formation : avec quelle mobilisation des professionnels ? Quelle position éthique pour le chercheur ?

Anne-Lise Ulmann, CRTD-Cnam

 Nous partirons d’une intervention visant la compréhension de l’activité des professionnelles de la petite enfance à des fins de formation. Le commanditaire de cette étude, souhaitait en effet mieux connaître le travail effectif pour peser dans un second temps sur les manières de former et de préparer ces futures professionnelles à tenir ces fonctions. L’usage de la vidéo, notamment pour « capter » le travail tel qu’il se fait et permettre des « confrontations » simples et croisées, pour appréhender l’activité s’est avéré soit impossible soit peu fructueux. L’hypothèse que la « captation des données », même faite avec l’assentiment des professionnelles, vient modifier la relation d’enquête souhaitée par le chercheur, conduit à reconsidérer la place l’usage et les fonctions de ces outils dans la conduite d’une intervention. A partir de Goffman qui rappelle que le réel ou l’effectif sont des catégories de nature hybride, composées à la fois d’événements perçus et transformés, nous avons renoncé à l’objectivation des données pour permettre aux professionnelles d’investir la recherche et choisir elles-mêmes les outils les mieux à mêmes de rendre compte de leur activité. Cette intervention interroge sa conduite sur le plan de l’éthique, mettant le chercheur en tension entre rendre compte de ses propres analyses effectuées sur ses terrains d’intervention et conduire l’intervention avec les professionnelles.